Je m’appelle Grégory.
Je suis militaire dans l’armée de Terre.
Depuis plus de dix ans, l’uniforme rythme ma vie. Les missions, les départs, les retours, les kilomètres parcourus loin de chez soi… tout cela fait partie de mon quotidien. C’est une vie faite d’engagement, de contraintes, mais aussi de rencontres que l’on n’aurait probablement jamais faites ailleurs.
Et c’est justement grâce à l’armée que j’ai rencontré celle qui deviendra ma femme.
Tout a commencé pendant une mission à La Réunion.
Un jour, avec quelques collègues, nous avons décidé de partir pour deux jours afin de faire l’ascension du Piton des Neiges, le sommet de l’île. Le projet était simple : monter, passer la nuit au gîte et redescendre au lever du jour.
Dans les faits, c’était un peu plus compliqué pour moi.
Mon genou ne tenait déjà plus vraiment la route, mais je ne voulais pas rater une occasion comme celle-là. On ne gravit pas le toit de l’océan Indien tous les jours.
Très vite, dans ma tête, l’objectif avait changé. Il ne s’agissait plus seulement d’atteindre le sommet. J’avais la réputation d’être un grand buveur de café, alors je m’étais fixé un défi un peu particulier : boire un café tout en haut du Piton des Neiges.
Dans mon sac à dos, j’avais donc tout prévu : de l’eau, un réchaud, du café… et même la petite chaise de camping qui m’avait accompagné pendant toute ma mission.
Nous avons fait la montée sur deux jours avec les collègues et passé la nuit au gîte du Piton des Neiges.
Le lendemain matin, au sommet, le jour se levait doucement sur l’île. Face à l’horizon, j’ai sorti mon réchaud, installé ma petite chaise et préparé mon café.
Mission accomplie.
Mais le plus dur restait à venir : la descente.
Les jambes étaient en compote, mon genou loin d’être stable, et il m’a fallu près de sept heures pour redescendre. Puis une heure de route pour rentrer au régiment.
J’étais épuisé, courbaturé de partout, encore dans le brouillard de la fatigue.
Et c’est précisément à ce moment-là que je l’ai rencontrée.
Anissa venait tout juste d’arriver à La Réunion.
Fraîchement débarquée, pleine d’énergie… alors que moi je sortais de deux jours de montagne.
J’étais tellement fatigué que je bafouillais presque. Mais quand j’ai vu cette jolie demoiselle, j’ai fait ce que tout militaire sait faire : je me suis redressé, j’ai repris contenance et je me suis présenté.
Grade. Nom. Fonction.
Et c’est exactement à cet instant que notre histoire a commencé.
À ce moment-là, il me restait encore deux mois de mission sur l’île.
Alors j’ai décidé de tenter une approche… discrète.
Petit à petit, j’ai commencé à chercher des occasions de la croiser plus souvent, en dehors du simple rythme du travail. Et à ma grande surprise, j’ai vite compris qu’elle cherchait parfois les mêmes occasions.
Au fil du temps, nous avons partagé de bons moments… et d’autres un peu moins glorieux, notamment lorsque le casino de l’île nous prenait une bonne partie de notre solde.
Puis est arrivée une nouvelle occasion de passer du temps ensemble : le défilé du 14 juillet.
En métropole, j’avais déjà eu la chance de défiler sur les Champs-Élysées. Je savais ce que l’on ressent après : une fierté particulière, difficile à expliquer. Et défiler à La Réunion n’est pas quelque chose que l’on peut faire tous les jours.
J’ai donc réussi à la convaincre de participer au défilé.
Officiellement, c’était pour vivre cette expérience.
Officieusement, c’était surtout pour passer encore un peu plus de temps avec elle… même au travail.
Mais les missions ont leur propre rythme.
Après le défilé, elle apprend qu’elle poursuivra sa mission à Mayotte.
De mon côté, l’heure du retour en métropole approchait.
Le 1er août, je me suis levé tôt pour aller la voir avant son départ. Je ne voulais pas avoir de regret si cela devait être la dernière fois que nous nous voyions.
Mais l’histoire en a décidé autrement.
Malgré la distance et le décalage horaire, nous avons continué à nous parler et à garder le lien jour après jour jusqu’à son retour.
Depuis ce moment-là, il ne se passe pas un seul jour sans que nous soyons en contact.
Chaque occasion devient bonne pour se retrouver : une nuit d’hôtel, un week-end en Airbnb… simplement pour passer du temps ensemble.
Très vite, l’idée du mariage est apparue dans nos conversations. Nous nous imaginions déjà la vie à deux. Il nous arrivait même de nous promener dans les bijouteries pour regarder les alliances.
Mais je lui avais dit une chose très clairement : avant tout, je voulais rencontrer son père et lui demander officiellement la main de sa fille.
Ce moment est arrivé le 31 janvier 2026.
Puis est venue notre première Saint-Valentin.
J’avais prévu une surprise : un week-end près de Disneyland. Mais pour réussir à organiser nos vies militaires, nous avions partagé nos agendas respectifs… et par erreur elle a aperçu la réservation de l’hôtel.
Elle a quand même joué le jeu.
Sachant que ma surprise était découverte, j’ai simplement décidé de profiter pleinement de la journée avec elle. Et ce n’est qu’à la toute fin, lorsque le parc commençait à se vider, à l’abri des regards, que je lui ai posé la grande question.
Depuis, les choses vont vite.
Le 12 mars, nous avons déposé notre dossier de mariage à la mairie.
La date est désormais fixée : le 5 septembre.
Je me marierai donc avant mes trente ans, que je fêterai le 19 septembre.
Une case de plus cochée dans ma to do list.
Maintenant commence une nouvelle mission.
Organiser un mariage… en 175 jours.
Heureusement, nos métiers nous ont appris à garder la tête froide, à prendre des décisions même sous pression et à avancer malgré les contraintes.
Alors une chose est sûre :
si nous avons réussi à construire notre histoire entre les missions, la distance et les décalages horaires, nous saurons aussi construire la suite.
Ensemble.